Gomme arabique dactylographiée et Fumisteries

Novembre 2013 : Las Noches de Los Muertos #5 de Montreuil

 

Quelle valeur pour ton corp et la parole

pour cette version diptyque intitulé “ A débattre” (exposée @ l’amitié Rit à Montreuil lors de Las noches de los muertos en Nov 2013),  l’acheteur potentiel de l’œuvre était invité à débattre avec moi de la valeur de (son) “ton corps” et de “la parole” afin d’en fixer le “prix”.

 

las noches de los muertos 1

expressions populaires synonyme de la mort : objet unique et produit pour  las noches de los muertos 2013

valota final lou reed ma fuméeCommande privée / objet unique “Lou Reed  ma fumée”( 2013)

 

Les Fumisteries : Proposition formelle en cours de réalisation / protocole participatif autour de la fragilité, de l’impression mémorielle et l’acte symbolique destiné à produire une installation – prétexte à échange de mots combustibles et d’un peu de dérision.

L’œuvre consiste donc à demander à plusieurs personnes d’inscrire un mot auquel ils attribuent une teneur particulière sur une feuille de gomme arabique, d’en rouler une cigarette et de la lui offrir pour une consommation ou une combustion immédiate.

Psychomagiecigarette

Une trace de cet action est consignée sur un support de nature identique par dactylographie en 2 exemplaires l’un pour la personne ayant participé et l’autre vient constituer une partie de l’installation “finale”.

l'intitulé

 

En argot, le mot “fumer” signifie tuer.  Dans certaines culture le tabac et la fumée sont outils de rituels destinés à communiquer avec les esprits ou à alimenter des superstition liées aux souhaits alors que dans d’autres, il s’agit simplement d’un moyen ou d’une raison d’engager une conversation avec autrui.  Le langage, le signe, les niveaux de sens, la combustion et la gomme arabique se trouvent ainsi mis en lien et offrent autant de possibles que de contributions. Figures de relevé infra-mince et micro intervention poétique, cette action éphémère a pour but d’activer les liens “émo-linguistiques” que nous tissons à travers nos filtres symboliques respectifs pour les réinscrire dans l’échange.

Ont déjà été manuscrits, fumés puis dactylographiés  ( Nov 2013 – Mai 2014) :

l’année 2013,

un échange de sincérités,

l’interlope,

le jour d’un anniversaire et son récit détaillé,

l’administration,

l’intitulé,

un départ,

trois avocats,

six voisins,

deux femmes adultères et trois maris,

une maman,

deux défunts,

le plaisir d’une rencontre,

Belleville,

les lundis,

le vague à l’âme,

des bouquets de nerfs,

un enfant,

les falaises d’Etretat,

le kit,

les hommes qui confondent site de rencontre et concessionnaire automobile,

la nostalgie,

le passé,

le tabagisme,

Lou Reed ma fumée,

le rien,

la conquête spatiale,

un formulaire relatif à la description d’une position,

quelques personnalités politiques,

le dommage,

des expressions synonymes de la mort,

la bibliothèque de Babel,

L’INHA,

la lumière des soirs d’été,

la solitude,

l’absence et la fumisterie.

 

fumé le 04/06/2014 : en cours de réalisation dactylographiée

l’urgence

mon corp

la résurgence

l’indiscrétion

pour l’instant ça va

la connerie

 

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TEXTE DE RÉFÉRENCE // Traduction libre du prologue de l’ouvrage d’Alexandro Jodorowsky « Psicomagia » paru aux éditions Siruela en 2004

“Ayant vécu pendant de nombreuses d’années dans la capitale du Mexique, j’ai eu l’occasion d’étudier les méthodes de ceux que l’on nomme « sorciers » ou « guérisseurs ». Ils sont légion. Chaque quartier a le sien. En plein cœur de la ville se dresse le grand marché de Sonora, où l’on vend exclusivement des produits magiques : des bougies colorées, des poissons disséqués en forme de diable, des images pieuses, des plantes médicinales, des savons bénis, des ta- rots, des amulettes, des sculptures en plâtre de la Vierge de Guadalupe convertie en squelette, etc… Dans quelques arrière-boutiques plongées dans la pénombre, des femmes, un triangle peint sur le front, frottent ceux qui viennent les consulter avec des brassées d’herbes et de l’eau bénite, et effectuent sur eux « un nettoyage » du corps et de l’aura… Les médecins professionnels, enfants fidèles de l’Université, méprisent ces pratiques. Selon eux, la médecine est une science. Ils voudraient arriver à trouver le remède idéal, précis, pour chaque maladie, en essayant de ne pas les distinguer les unes des autres. Ils désirent que la médecine soit une, officielle, sans improvisation et l’appliquent aux patients en les considérant uniquement comme des corps. Aucun ne se propose de soigner l’âme. Au contraire, pour les guérisseurs, la médecine est un art.

Il est plus facile pour l’inconscient de comprendre le langage onirique que le langage rationnel. D’un certain point de vue, les maladies sont des rêves, des messages qui révèlent des problèmes non résolus. Avec une grande créativité, les guérisseurs développent des techniques personnelles, des cérémonies, des enchantements, des médecines étranges telles que des lavements de café au lait, des tisanes de vis oxydées, des compresses de purée de pommes de terre, des pilules d’excrément animal ou d’œufs de mite. Certains ont plus d’imagination ou de talent que d’autres, mais tous, si on les consulte avec foi, sont utiles. Ils parlent à l’être primitif, superstitieux qui réside en chacun de nous.

En voyant opérer ces thérapeutes populaires, qui font souvent passer pour des miracles des trucs dignes des grands prestidigitateurs, j’ai conçu la notion de « tricherie sacrée ». Pour que l’extraordinaire arrive, il est nécessaire que le malade, en admettant l’existence du miracle, croie fermement que l’on peut le guérir. Pour obtenir le succès, le sorcier, lors des premières rencontres, se trouve obligé d’employer des trucs pour convaincre le consultant que la réalité maté- rielle obéit à l’esprit. Dès que la tricherie sacrée trompe le consultant, celui-ci ex- périmente une transformation intérieure qui lui permet de capter le monde par l’intuition plus que par la raison. Alors seulement, le vrai miracle peut arriver.

Mais à cette époque, je me suis demandé si on pouvait éliminer la tricherie sacrée : peut-on avec cette thérapie artistique guérir des personnes sans foi ? D’autre part, bien que l’esprit rationnel guide l’individu, pouvons-nous dire que quelqu’un manque de foi ? À chaque instant l’inconscient dépasse les limites de notre raison, on peut le voir dans les rêves ou dans les actes manqués. Si c’est ainsi : n’y a-t-il pas une façon de mettre l’inconscient en marche, comme un allié, de manière volontaire ? Un incident qui est arrivé lors d’un de mes cours de psycho- généalogie m’a indiqué le chemin : au moment où je décrivais les causes de la né- vrose d’échec, un élève, chirurgien médical, est tombé par terre, pris de spasmes de douleur. C’était une attaque d’épilepsie. Au milieu de la panique générale, sans que personne ne sût comment l’aider, je me suis approché de lui et sans sa- voir pourquoi, je lui ai enlevé, assez difficilement, son alliance de l’annulaire de la main gauche. Il s’est immédiatement calmé. Je me suis rendu compte que pour l’inconscient les objets qui nous accompagnent et nous entourent font une partie de son langage. Et donc, qu’en mettant un anneau à une personne on pouvait l’enchaîner, en lui prenant cet anneau on pouvait l’alléger… Une autre expérience m’a semblé très révélatrice : à l’âge de six mois, mon fils Adán souffrait une forte bronchite. Un ami médecin, phytothérapeute, lui avait prescrit quelques gouttes d’huile essentielle de plantes. Mon ex-femme Valérie, la mère d’Adán, devait lui verser trente gouttes trois fois par jour dans la bouche. Bientôt elle s’est plaint que l’état de l’enfant ne s’améliorait pas. Je lui ai dit : « Ce qui se passe, c’est que tu ne crois pas au remède. Dans quelle religion as-tu été élevée ? » « Comme toutes les Mexicaines, dans la religion catholique! » «Alors, nous allons ajouter de la foi à ces gouttes. Chaque fois que tu les lui donnes, dis un Notre Père.» Valérie l’a fait. Adán s’est rapidement mieux porté.

J’ai alors commencé, très prudemment, dans mes lectures de Tarot, quand le consultant se demandait comment résoudre un problème, à prescrire des actes que j’ai appelé « psychomagiques ». Et pourquoi pas « magiques » ?

Pour que sa thérapie primitive fonctionne, le guérisseur, s’appuyant sur l’es- prit superstitieux du patient, doit maintenir un mystère, se présenter comme détenteur de pouvoirs extra-humains, obtenus par une initiation secrète, en

comptant sur des alliés divins et infernaux pour permettre la guérison. Les re- mèdes qu’il donne doivent être ingérés sans connaître leur composition et les actes recommandés doivent être réalisés sans essayer d’en connaître les raisons. Dans la Psychomagie, plutôt que d’une croyance superstitieuse, on a besoin de la compréhension du consultant. Il doit savoir le pourquoi de chacune de ses actions. Le psychomagicien, de guérisseur devient conseiller : grâce à ses recettes le patient devient son propre thérapeute.

Cette thérapie ne m’est pas venue comme une illumination subite mais s’est perfectionnée, pas à pas, pendant de nombreuses années… Au commence- ment elle semblait si extravagante, si peu « scientifique », que j’ai seulement pu l’expérimenter avec des amis et des parents… De temps en temps, dans mes conférences à Paris, je faisais référence à elle… Un jour, j’ai été invité au centre d’études fondé par le maître spirituel Arnaud Desjardins. Il avait été mis au courant de mes recherches, et m’a demandé si la psychomagie pouvait résoudre un problème dont sa belle-mère souffrait : un eczéma sur la paume des mains… J’ai pensé que la dame, après m’avoir montré ses mains blessées, faisait un geste de demande, puisqu’elle se sentait exclue du couple que sa fille formait. J’ai demandé au Maître que lui et son épouse, devant la malade, crachent abon- damment sur un tas d’argile verte et de répandre immédiatement la pâte sur l’eczéma. Le mal a rapidement disparu.

Gilles Farcet, un jeune disciple de Desjardins, conseillé par son guide, est venu me voir, prétextant une rencontre, pour connaître mes théories étranges. De notre rencontre est né un petit livre à forme biographique, intitulé La Triche- rie sacrée, qui a conquis un bon nombre de lecteurs. Gilles, m’a alors proposé de développer plus longuement mes idées en même temps qu’il, voulant vérifier ses effets, m’a demandé un conseil psychomagique pour devenir « un écrivain profondément spirituel ». Je lui ai proposé qu’il écrive un livre d’entretiens avec moi qui s’appellerait Psychomagie, avec comme sous-titre Ébauches d’une thérapie panique. Mon jeune ami a douté : ne connaissant rien sur le sujet, il se sentait incapable de poser des questions intéressantes. « C’est précisément pour cette raison que je donne cet acte. L’oiseau de l’esprit doit se libérer de la cage ration- nelle. C’est pourquoi nous allons casser l’ordre logique. Plutôt que de me poser des questions auxquelles je répondrai, je te répondrai d’abord et ensuite tu me demanderas… C’est-à-dire, l’effet viendra avant que la cause. » Et nous l’avons fait ainsi : Farcet s’est assis en face de moi avec un magnétophone et dix heures durant, j’ai donné des réponses à des questions inexistantes. Par moments, mon jeune interviewer s’endormait sur sa machine. Gilles a tout de suite structuré ce matériel en fragments ordonnés et y a ajouté les questions. Comme il pénétrait sur des terrains inconnus (il m’avait dit :« Je ne sais pas si on peut concilier une recherche artistique et une recherche thérapeutique »), il les a écrites sur un ton objectif en déclarant : « Je ne me compte pas au nombre de ses ouailles.

C’est avant tout en tant qu’amis que nous avons dialogué. D’où la saine perplexité que j’oppose parfois à ses dires et qui a pour heureux effet de le contraindre à préciser sa pensée ».

Quand Marc de Smedt, le directeur de la collection «Espaces libres» des édi- tions Albin Michel, en France, a accepté de publier le livre, il l’a fait à condition d’en changer le titre. « Personne ne connaît le mot psychomagie. Mieux vaut l’appeler : Le théâtre de la guérison, une thérapie panique : la psychomagie ».

Le théâtre de la guérison est paru en 1995. Ce livre a provoqué un grand inté- rêt. J’ai reçu une correspondance nourrie me demandant des actes psychoma- giques. Pour développer exclusivement cette technique, jusqu’à présent pra- tiquée de forme intuitive, j’ai décidé d’accepter deux consultants par jour, du lundi au vendredi, lors de séances d’une heure et demie. Après avoir monté leurs arbres généalogiques – frères, parents, oncles, grands-parents et bisaïeuls -, je leur ai conseillé des actes psychomagiques qui ont produit des résultats re- marquables. J’ai pu ainsi découvrir un certain nombre de lois qui m’ont permis d’enseigner cet art à une grande quantité d’élèves, dont certains étaient déjà des thérapeutes établis. J’ai accordé des séances privées pendant deux ans, au bout desquels j’ai commencé à écrire La danse de la réalité. Gilles Farcet a réalisé sa carrière d’écrivain spirituel et aujourd’hui, tel un noble père de famille, il ramène au bercail de nombreux esprits égarés en collaboration avec Arnaud Desjardins par un travail très intense.

Après la publication en Espagne par les éditions Siruela de La danse de la réa- lité (2001), et grâce aux généreuses entrevues que Fernando Sánchez Dragó m’a accordées à la télévision, le grand public à découvert la Psychomagie. N’ont pas manqué, les enthousiastes qui témérairement, sans jamais avoir eu d’honnête ac- tivité ni artistique ni thérapeutique, ont voulu la pratiquer en donnant, par inca- pacité créative, des conseils qui n’étaient que des imitations ingénues des miens.

En 2002, j’ai donné à Madrid une conférence devant un public d’environ six cents personnes dans un amphithéâtre d’université. Habilement conduits par mon présentateur, le jeune professeur Javier Esteban, les élèves m’ont exposé leurs problèmes en sollicitant des conseils de psychomagie pour les résoudre. À la fin de l’acte, Javier m’a offert un exemplaire de son livre Duermevela, dans lequel il décrit ses rêves. (« Je rentre dans un magasin où l’on vend des milliers d’instruments de pêche gigantesques. L’hameçon me touche le genou. L’homme qui m’accompagne m’apprend à pêcher mais il me dit qu’il n’est pas nécessaire d’avoir une canne à pêche ou quelque autre matériel. Nous sortons et nous traversons un bois jusqu’à arriver à une rivière. Les poissons sautent dans nos mains. ») Je considère que ses écrits ont un sens thérapeutique.

À son tour, Javier exprime son adhésion à mes idées et me demande un rendez-vous pour me poser les questions que la jeunesse pose, auxquelles ne répond pas l’actuel système éducatif. « Les élèves ont muté, malheureusement les professeurs conti- nuent de maintenir leur façon archaïque de penser », me dit-il. Il voyage à Paris et m’interroge pendant quelques jours.« Pensez sans limites, parlez pour les jeunes mutants. » Ainsi sont nées, les deuxième et troisième parties de ce livre.

En annexe, le témoignage de Martín Bakero, poète et Docteur en psychopathologie qui a assisté à un atelier que j’ai donné à Santiago du Chili et qui est ensuite venu à Paris pour perfectionner sa compréhension de mon travail. Il a le mérite d’appliquer la psychomagie à la guérison de malades mentaux. Grâce à lui, je peux avoir l’espoir que cet art de guérir sera employé un jour comme complément de la médecine officielle.”

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